Chaire Satsuma 2018-19, Université catholique de Louvain

Approcher la méditation bouddhique au Tibet ancien : Entre repérage doxographique et expérience contemplative
Dr Dylan Esler
 
Dates : Les jeudis 21 mars, 4 avril, 25 avril et 9 mai 2019, de 16h15 à 18h15
 
Lieu : Local C 430 (ERAS 76 FIAL) (Institut orientaliste) du Collège Érasme, Place Blaise Pascal 1, B-1348 Louvain-la-Neuve
 
Résumé : Si la méditation fait partie intégrante du chemin bouddhique vers l’éveil, les présupposés pédagogiques concernant sa théorie et sa pratique divergent selon les différentes écoles. Ces différences sont particulièrement visibles lors des périodes de brassage culturel, lors desquelles des traditions bouddhiques issues de divers milieux se côtoient.
Une des périodes charnières de l’histoire culturelle du Tibet est celle dite de « l’âge sombre » ou « âge de la fragmentation », se situant entre la désintégration du pouvoir politique centralisé suite à l’assassinat du roi Darma Triu Dumtsen en 842 apr. J.-C. et l’introduction de nouvelles lignées bouddhiques au début du 11e s. Malgré le désarroi politique de cette époque, le bouddhisme ne disparut pas au Tibet, loin s’en faut, mais fut au contraire préservé par des maîtres tantriques qui, en-dehors des institutions monastiques, assurèrent la continuité de la transmission parmi leurs proches disciples au sein de lignées familiales.

Comme de nombreux courants bouddhiques, d’origine aussi bien indienne que chinoise, existaient au Tibet à cette époque, il incombait aux érudits tibétains de classifier ces différentes traditions doctrinales et contemplatives afin de parvenir à une synthèse proprement tibétaine. La classification doxographique doit donc être perçue non pas comme une forme de spéculation abstraite, mais comme un processus de clarification doctrinale qui est en dialogue avec la pratique contemplative. C’est dans cette optique que nous examinerons, lors de ce cours-conférence, une des classifications les plus anciennes et originales de cette époque, celle proposée par Nubchen Sangye Yeshe (10e s.), tout en la comparant à d’autres doxographies du même genre et en abordant la question plus large de l’interaction de l’expérience méditative et du repérage doxographique dans la construction d’une tradition contemplative.

Séance 1 : Éléments de contexte
Les sources : les manuscrits de Dunhuang et autres témoignages – Le roi Trisong Detsen et l’établissement du bouddhisme au Tibet – Fondation du monastère de Samye – Le(s) débat(s) de Samye – L’effondrement de l’empire – La figure de Nubchen Sangye Yeshe

Séance 2 : Portrait croisé de doxographies tibétaines
Profusion des classements doxographiques – Schémas de quatre, neuf et douze véhicules – Points de convergences et de divergences entre ces schémas

Séance 3 : Comparaison du Mahāyāna classique et du Chan tibétain
Les approches graduelle et simultanée – L’enjeu politique d’une différence doctrinale

Séance 4 : Comparaison de la voie tantrique et du Dzogchen
Le Mahāyoga tantrique au Tibet – La consolidation du Dzogchen – Les liens entre affinité contemplative et construction doxographique

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